CATALOGUE 2000-2001
Rika OHARA
Shelter
Document d'installation vidéo danse - dv - couleur - 1:02:00 - USA - 2000




Inspiré d'un rêve sur l'attente de la destruction nucléaire derrière un abri de verre, Shelter incorpore des éléments de performance chorégraphique et théâtrale dans une installation basée sur l'utilisation de médias actuels. L'abri est décrit par une vidéo digitale animée et de multiples projecteurs - une serre sensible et rêveuse - tout comme ces habitants, et créant ainsi un espace où repose la conscience.
Les sujets de préoccupation formels de Shelter ont été peaufinés en deux phases: dans un premier temps entre 1989-92, grâce à la production d'une série de performances et d'installations - sur la plage, en haut d'un toit et sur une rue du centre ville de Los Angeles. La seconde phase fut le développement initié par une bourse accordée en 1996 par le National Endowment for the Arts. Shelter (phase VII) à l'Hutington Beach Art Center (1997) - pour lequel plus de deux milles diapos ont été montrées, une nouvelle musique de 61mn fut composée et une piste vidéo fut ajoutée, fut présenté comme une exposition en trois parties (installation/performance/installation). Shelter 8 (1999) contenait une partie de la performance en vidéo digitale, réaffirmant ainsi les influences de l'époque cinématique sur la chorégraphie et la composition. A l'automne 2000, l'animation diapo fut transférée en vidéo digitale pour l'exposition de Monaco: le forum Danses Dances.
Plus une question culturelle et psychologique qu'une réelle prise de position politique, la pièce définit l'Age nucléaire par son absence totale d'événement décisif - impossible à identifier comme phénomène historique et localisé - et notre mélange de fascination et de répulsion faisant partie de notre anxiété millénaire.
La détonation de la première bombe atomique sur le site de Los Alamos a amené le genre humain plus près que jamais d'une mort qui transcende celle d'un individu. La mort à l'âge du nucléaire pouvait être celle de la culture, d'une nation ou d'une civilisation tout entière. Un demi siècle plus tard, les images de la Bombe, récurrentes dans les média, ont laissé une empreinte psychologique inamovible sur cette génération.
Le projet explore la temporalité nucléaire caractérisée par la suspension. Les diapos définissent à la fois l'environnement visuel et la composition des éléments temporels. La densité et l'absence d'images et de lumière, combinées avec le mouvement des performers, jouent sur la durée pendant que les mouvements des panneaux déforment et altèrent les dimensions de l'espace. La chorégraphie est intégrée dans l'environnement visuel. L'emploi à répétition de plan fixes et la répétition aboutissent à une certaine dislocation, identique à celle qu'un survivant d'Hiroshima a décrit comme un flash, et dirigent l'attention du spectateur vers d'autres éléments en défiant la supposée hiérarchie des éléments et en élevant la participation du public à un niveau subliminal.
Comme le Dr Oppenheimer en avait l'intuition à Los Alamos, l'armement nucléaire donne un pouvoir de destruction comparable à celui que les dieux possédaient autrefois. Le fantasme de la survie met en évidence le mythe de l'âge nucléaire dans lequel un paradis est restauré après une profonde catharsis, les survivants demandant alors le statut d'omnipotent, dans son sens le plus infantile. L'environnement de Shelter est le Paradis régressif où notre notion de progrès n'est plus une ligne droite mais une boucle formant un zéro.


Inspired by a dream of awaiting nuclear destruction in a glass shelter, Shelter incorporates dance-theater performance into a time-based visual-media installation. Animated and live-action digital video on multiple projectors portray the titular shelter -- a sentient, dreaming greenhouse ­ as well as its inhabitants, creating a space for layered consciousness. Shelter's formal concerns have been refined in two stages: first in 1989-92 through the production of a series of site-specific installation/performances -- on the beach, on a rooftop and on a downtown L.A. street. The second stage of development was initiated by a grant in 1996 from the National Endowment for the Arts. Shelter (Phase VII) at Huntington Beach Art Center (1997) -- for which more than 2,000 slides were shot, a new 61-minute musical score was commissioned and a video track was added -- was presented as a three-part exhibition (installation/performance/installation). Shelter 8 (1999) contained its performance element in digital video, reaffirming influences of
cinematic time on choreography and composition. In fall 2000, the slide animation was transferred to digital video for exhibition at Monaco Danses Dances Forum.
More a cultural/psychological question than a political statement, the piece defines the Nuclear Age by the very absence of a decisive event -- no longer identifiable as an historical or localized phenomenon - and our mixture of fascination and revulsion as part of the millennial anxiety.
The detonation of the first atomic bomb at Los Alamos test site brought mankind closer than ever to a death which transcends that of an individual; a death in the Nuclear Age could be of a culture, a nation or an entire civilization. Half a century later, the images of the Bomb, through its recurrence in the media -- have left an irreversible psychological imprint on this generation.
The project explores nuclear temporality characterized by suspension, central to our nuclear experience. The slide animation defines both the visual environment and the composition of time elements. Density and absence of images and light, combined with the movement of the performers, cumulatively affect the perceived duration, while the gridlike patterns of the glass panes distort and alter the dimensions of the space. Choreography is integrated into this visual environment.
Frequent flashbacks appropriate cinematic time in reference to the medium's role in establishing the mushroom cloud as an icon. Extensive use of stillness and repetition creates a sense of dislocation, similar to what one Hiroshima survivor described as an instant dream, and redirects viewer attention to other elements, defying the expected hierarchy of elements and heightening participation on a subliminal level.
As Dr. Oppenheimer intuited at Los Alamos, nuclear weaponry democratically distributes the once-divine power of destruction. The fantasy of survival underscores the Nuclear Age myth in which a Paradise variant is restored following a fiery catharsis, the survivors thereby reclaiming the infantile sense of omnipotence. Shelter's environment is this regressive Paradise, where our notion of progress has ceased to be a straight line and instead forms the figure zero.


Biographie



Depuis le début des années 80, Rika Ohara a combiné les supports média actuels avec la danse en public et a construit une œuvre pluridisciplinaire. En élargissant le potentiel des technologies dont elle disposait et en s'affranchissant des règles établies - en projetant notamment des diapositives et des négatifs de films, des images déformées ou intelligemment manipulées - elle a inspiré un observateur qui définit son œuvre comme du " high-tech à bas prix". Née à Saimata au Japon, d'un père historien et d'une mère enseignante, elle commence très tôt à peindre et à dessiner. Parmi ses premières influences, on note Osamu Tezuka, le créateur d'Astro Boy et de Kimba le lion blanc, qui remarqua son travail dans une publication de BD à laquelle elle contribuait quand elle était encore au lycée, et qui l'a encouragée à poursuivre une carrière dans l'univers du dessin. Elle débarque aux Etats-Unis en 1980. Elle étudie à l'école des beaux arts de Californie à Oakland avec le photographe surréaliste tchèque Vilem Kriz, puis avec Simone Forti à New York où elle commence à mélanger divers supports dans des œuvres conceptuelles (films, vidéos et installations). Son sujet de thèse à l'Institut des beaux arts de Californie (1985) était une adaptation théâtrale et chorégraphique de Salomé d'Oscar Wilde, en collaboration avec la chorégraphe Tracy Rhoades. C'est également à cette époque qu'elle se lança dans un projet qui la propulsa dans une série de performances artistiques qui devait s'étaler sur plus d'une décennie: la destruction nucléaire et sa portée psychosociologique. "Neither garlic nor beans" (1983-85/88) fut présenté à San Diego au SUSHI Inc. en tant qu'élément du Neo Fest de 1985 et fut intitulé " Among the Best " par la Gazette de San Diego, avec également des œuvres de Rachel Rosenthal et d'Eric Bogosian. S'ensuivit "Astro Boy meets Godzilla" (1986-87) qui changea de point de vue et montra des expériences partagées par des enfants au Japon et aux Etats-Unis et présenta le motif de "Trade War" (guerre commerciale) qu'elle explorera par la suite dans "Tokyo Rose". Dans le même temps, Ohara a développé ses idées et ses techniques sur des plans séquences et des plans fixes en gagnant sa vie comme photographe sur un projet de laser disque. Après être passée par l'Allemagne et les Pays-Bas en 1988, Ohara a commencé a travaillé sur "Shelter", inspiré d'un rêve dans lequel elle attendait la destruction nucléaire sous un abri de verre. Cette pièce fut développée sous la forme d'installations/performances dans les rues, sur les plages, sur les toits et dans des espaces de performances dans les alentours de Los Angeles. Le groupe de performers s'est fait connaître sous le nom de " Famille Nucléaire ". Ohara et la Famille Nucléaire tournaient dans l'Ouest américain avec "Tokyo Rose" de 1993 à 1995 et examinaient la xénophobie raciale et sexuelle. Ils s'apprêtaient à faire une tournée mondiale quand des problèmes financiers ont conduit le théâtre américain de Paris à fermer ses portes à peine quatre mois avant leurs représentations de mai 1996. Leurs venues à Glasgow, Sydney, Minneapolis, Cleveland, à la Kitchen de New York furent aussi reportées à cause de la crise qui touchait l'art à cette époque dans le monde entier. Ohara s'est ensuite consacrée à "Shelter" (Phase VII) (Huntington Beach art Center, 1997) en tournant 2000 plans à partir de nouvelles sources d'images, en ajoutant de la vidéo digitale et en retravaillant les chorégraphies. En 1999, une version virtuelle de la famille nucléaire partit vers Tokyo en vue d'une installation vidéo-diapo intitulée "Shelter VIII". Ohara crée toujours des projets hybrides en mélangeant les performances, les supports et les installations aussi bien que la chorégraphie et la mise en scène. Ses travaux ont été financés par New Langton Arts/NEA Regional Arts Grant (1995-96), le California Arts Council Touring and Presenting Program (1995-97) et la ville de Los Angeles (1990-91, 91-92, 92-93, 94-95), entre autres. Elle fut l'une des premières à critiquer publiquement les abus du multiculturalisme (1992). Elle a contribué à des essais culturels, des films et des critiques de livres pour le L.A Weekly (1992-97) et a enseigné à l'Université du Kentucky et au Musée de Photographie de Californie.


Born in Saimata, Japon, into a familyof a historian father, teacher mother and WW II survivor grandmother with socialist cousins, she drew and painted from an early age. Her early influences include Osamu Tezuka, the creator of Astro Boy and Kimba the White Lion, who spotted her work in a college comics club publication - to which she contributed as a junior high schooler - and encouraged her to pursue a career in cartooning. Arriving in the U.S. in 1980, she studied with Czech surrealist photographer Vilem Kriz at California College of Arts and Crafts in Oakland and movement with Simone Forti in New York City and began combining various media in conceptual art works, film/video and installations. Her MFA thesis project at California Institute of the Arts (1985) was a dance-theater adaptation of Oscar Wilde's Salomé, in collaboration with choreographer Tracy Rhoades. It was also during her years at CalArts that she stumbled opun a subject that would propel her into a series of performance-art pieces that spanned more than a decade: nuclear destruction and its socio-psychological signifiance. Neither Garlic nor Beans (1983-85/88) was presented at San Diego's SUSHI, Inc. as part of Neo Fest in 1985 and was named "Among the Best" by the San Diego Gazette along with works by Rachel Rosenthal and Eric Bogosian. Astro Boy meets Godzilla (1986-87) followed, shifting the focus to mediated experiences shared by children in Japon and the U.S., and introducing the "Trade War" motif she would later explore in Tokio Rose. Concurrently, Ohara developed her ideas and techniques for sequential use of still images by earning a living as a still photographer on a laserdisc project. After a tour of Germany and Holland in 1988, Ohara began working on Shelter, based on a dream she had of awaiting nuclear destruction in a glass shelter. The piece developed in a series of site-specific installation/performances on city streets, on the beach, on rooftops and in performance spaces around Los Angeles. The mutating group of perfomers came to be known as "the Nuclear Family". Ohara & The Nuclear Family toured the western U.S. with Tokyo Rose (1993-95), a multimedia examination of racial and sexual xenophobia. They were ready to extend teh tour internationally when financial problems closed teh Paris American Center's theater just four months before their May 1996 performance dates. The Kitchen in New York and venues in Glasgow, Sydney,Minneapolis, Claveland, among others, also postponed presentation following the world-wide art recession. Ohara next produced Shelter (Phase VII) (Huntington Beach Art Center, 1997), shooting 2000 slides from new image sources, adding digital video and reworking the choreography. In 1999, a virtual version of the Nuclear Family traveled to Tokyo for a video-on-slides installation, Shelter 8. Ohara continues to create hybrid art projects, combining performance, media and installations, as well as choreographing and directing others in theater and new music pieces. Her works have been funded by New Langton Arts/NEA Regional Arts Grant (1995-1996), California Arts Council Touring and Presenting Program (1995-97) and the City of Los Angeles (1990-91, 91-92, 92-93, 94-95), among others. One of the first to publicly criticize the abuses of multiculturalism (1992), she has contributed cultural essays, film and book reviews to the L.A. Weekly (1992-97) and lectured at University Kentucky and the California Museum of Photography, as well as on radio and television.