Rika OHARA
Shelter
Document d'installation
vidéo danse - dv - couleur - 1:02:00 - USA - 2000


Inspiré
d'un rêve sur l'attente de la destruction nucléaire derrière
un abri de verre, Shelter incorpore des éléments de performance
chorégraphique et théâtrale dans une installation basée
sur l'utilisation de médias actuels. L'abri est décrit par une
vidéo digitale animée et de multiples projecteurs - une serre
sensible et rêveuse - tout comme ces habitants, et créant ainsi
un espace où repose la conscience.
Les sujets
de préoccupation formels de Shelter ont été peaufinés
en deux phases: dans un premier temps entre 1989-92, grâce à la
production d'une série de performances et d'installations - sur la plage,
en haut d'un toit et sur une rue du centre ville de Los Angeles. La seconde
phase fut le développement initié par une bourse accordée
en 1996 par le National Endowment for the Arts. Shelter (phase VII) à
l'Hutington Beach Art Center (1997) - pour lequel plus de deux milles diapos
ont été montrées, une nouvelle musique de 61mn fut composée
et une piste vidéo fut ajoutée, fut présenté comme
une exposition en trois parties (installation/performance/installation). Shelter
8 (1999) contenait une partie de la performance en vidéo digitale, réaffirmant
ainsi les influences de l'époque cinématique sur la chorégraphie
et la composition. A l'automne 2000, l'animation diapo fut transférée
en vidéo digitale pour l'exposition de Monaco: le forum Danses Dances.
Plus une question culturelle et psychologique qu'une réelle prise de
position politique, la pièce définit l'Age nucléaire par
son absence totale d'événement décisif - impossible à
identifier comme phénomène historique et localisé - et
notre mélange de fascination et de répulsion faisant partie de
notre anxiété millénaire.
La détonation de la première bombe atomique sur le site de Los
Alamos a amené le genre humain plus près que jamais d'une mort
qui transcende celle d'un individu. La mort à l'âge du nucléaire
pouvait être celle de la culture, d'une nation ou d'une civilisation tout
entière. Un demi siècle plus tard, les images de la Bombe, récurrentes
dans les média, ont laissé une empreinte psychologique inamovible
sur cette génération.
Le projet explore la temporalité nucléaire caractérisée
par la suspension. Les diapos définissent à la fois l'environnement
visuel et la composition des éléments temporels. La densité
et l'absence d'images et de lumière, combinées avec le mouvement
des performers, jouent sur la durée pendant que les mouvements des panneaux
déforment et altèrent les dimensions de l'espace. La chorégraphie
est intégrée dans l'environnement visuel. L'emploi à répétition
de plan fixes et la répétition aboutissent à une certaine
dislocation, identique à celle qu'un survivant d'Hiroshima a décrit
comme un flash, et dirigent l'attention du spectateur vers d'autres éléments
en défiant la supposée hiérarchie des éléments
et en élevant la participation du public à un niveau subliminal.
Comme le Dr Oppenheimer en avait l'intuition à Los Alamos, l'armement
nucléaire donne un pouvoir de destruction comparable à celui que
les dieux possédaient autrefois. Le fantasme de la survie met en évidence
le mythe de l'âge nucléaire dans lequel un paradis est restauré
après une profonde catharsis, les survivants demandant alors le statut
d'omnipotent, dans son sens le plus infantile. L'environnement de Shelter est
le Paradis régressif où notre notion de progrès n'est plus
une ligne droite mais une boucle formant un zéro.

Inspired
by a dream of awaiting nuclear destruction in a glass shelter, Shelter incorporates
dance-theater performance into a time-based visual-media installation. Animated
and live-action digital video on multiple projectors portray the titular shelter
-- a sentient, dreaming greenhouse as well as its inhabitants, creating
a space for layered consciousness. Shelter's formal concerns have been refined
in two stages: first in 1989-92 through the production of a series of site-specific
installation/performances -- on the beach, on a rooftop and on a downtown L.A.
street. The second stage of development was initiated by a grant in 1996 from
the National Endowment for the Arts. Shelter (Phase VII) at Huntington Beach
Art Center (1997) -- for which more than 2,000 slides were shot, a new 61-minute
musical score was commissioned and a video track was added -- was presented
as a three-part exhibition (installation/performance/installation). Shelter
8 (1999) contained its performance element in digital video, reaffirming influences
of
cinematic time on choreography and composition. In fall 2000, the slide animation
was transferred to digital video for exhibition at Monaco Danses Dances Forum.
More a cultural/psychological question than a political statement, the piece
defines the Nuclear Age by the very absence of a decisive event -- no longer
identifiable as an historical or localized phenomenon - and our mixture of fascination
and revulsion as part of the millennial anxiety.
The detonation of the first atomic bomb at Los Alamos test site brought mankind
closer than ever to a death which transcends that of an individual; a death
in the Nuclear Age could be of a culture, a nation or an entire civilization.
Half a century later, the images of the Bomb, through its recurrence in the
media -- have left an irreversible psychological imprint on this generation.
The project explores nuclear temporality characterized by suspension, central
to our nuclear experience. The slide animation defines both the visual environment
and the composition of time elements. Density and absence of images and light,
combined with the movement of the performers, cumulatively affect the perceived
duration, while the gridlike patterns of the glass panes distort and alter the
dimensions of the space. Choreography is integrated into this visual environment.
Frequent flashbacks appropriate cinematic time in reference to the medium's
role in establishing the mushroom cloud as an icon. Extensive use of stillness
and repetition creates a sense of dislocation, similar to what one Hiroshima
survivor described as an instant dream, and redirects viewer attention to other
elements, defying the expected hierarchy of elements and heightening participation
on a subliminal level.
As Dr. Oppenheimer intuited at Los Alamos, nuclear weaponry democratically distributes
the once-divine power of destruction. The fantasy of survival underscores the
Nuclear Age myth in which a Paradise variant is restored following a fiery catharsis,
the survivors thereby reclaiming the infantile sense of omnipotence. Shelter's
environment is this regressive Paradise, where our notion of progress has ceased
to be a straight line and instead forms the figure zero.
Biographie

Depuis le début
des années 80, Rika Ohara a combiné les supports média actuels
avec la danse en public et a construit une uvre pluridisciplinaire. En élargissant
le potentiel des technologies dont elle disposait et en s'affranchissant des règles
établies - en projetant notamment des diapositives et des négatifs
de films, des images déformées ou intelligemment manipulées
- elle a inspiré un observateur qui définit son uvre comme
du " high-tech à bas prix". Née à Saimata au Japon,
d'un père historien et d'une mère enseignante, elle commence très
tôt à peindre et à dessiner. Parmi ses premières influences,
on note Osamu Tezuka, le créateur d'Astro Boy et de Kimba le lion blanc,
qui remarqua son travail dans une publication de BD à laquelle elle contribuait
quand elle était encore au lycée, et qui l'a encouragée à
poursuivre une carrière dans l'univers du dessin. Elle débarque
aux Etats-Unis en 1980. Elle étudie à l'école des beaux arts
de Californie à Oakland avec le photographe surréaliste tchèque
Vilem Kriz, puis avec Simone Forti à New York où elle commence à
mélanger divers supports dans des uvres conceptuelles (films, vidéos
et installations). Son sujet de thèse à l'Institut des beaux arts
de Californie (1985) était une adaptation théâtrale et chorégraphique
de Salomé d'Oscar Wilde, en collaboration avec la chorégraphe Tracy
Rhoades. C'est également à cette époque qu'elle se lança
dans un projet qui la propulsa dans une série de performances artistiques
qui devait s'étaler sur plus d'une décennie: la destruction nucléaire
et sa portée psychosociologique. "Neither garlic nor beans" (1983-85/88)
fut présenté à San Diego au SUSHI Inc. en tant qu'élément
du Neo Fest de 1985 et fut intitulé " Among the Best " par la
Gazette de San Diego, avec également des uvres de Rachel Rosenthal
et d'Eric Bogosian. S'ensuivit "Astro Boy meets Godzilla" (1986-87)
qui changea de point de vue et montra des expériences partagées
par des enfants au Japon et aux Etats-Unis et présenta le motif de "Trade
War" (guerre commerciale) qu'elle explorera par la suite dans "Tokyo
Rose". Dans le même temps, Ohara a développé ses idées
et ses techniques sur des plans séquences et des plans fixes en gagnant
sa vie comme photographe sur un projet de laser disque. Après être
passée par l'Allemagne et les Pays-Bas en 1988, Ohara a commencé
a travaillé sur "Shelter", inspiré d'un rêve dans
lequel elle attendait la destruction nucléaire sous un abri de verre. Cette
pièce fut développée sous la forme d'installations/performances
dans les rues, sur les plages, sur les toits et dans des espaces de performances
dans les alentours de Los Angeles. Le groupe de performers s'est fait connaître
sous le nom de " Famille Nucléaire ". Ohara et la Famille Nucléaire
tournaient dans l'Ouest américain avec "Tokyo Rose" de 1993 à
1995 et examinaient la xénophobie raciale et sexuelle. Ils s'apprêtaient
à faire une tournée mondiale quand des problèmes financiers
ont conduit le théâtre américain de Paris à fermer
ses portes à peine quatre mois avant leurs représentations de mai
1996. Leurs venues à Glasgow, Sydney, Minneapolis, Cleveland, à
la Kitchen de New York furent aussi reportées à cause de la crise
qui touchait l'art à cette époque dans le monde entier. Ohara s'est
ensuite consacrée à "Shelter" (Phase VII) (Huntington
Beach art Center, 1997) en tournant 2000 plans à partir de nouvelles sources
d'images, en ajoutant de la vidéo digitale et en retravaillant les chorégraphies.
En 1999, une version virtuelle de la famille nucléaire partit vers Tokyo
en vue d'une installation vidéo-diapo intitulée "Shelter VIII".
Ohara crée toujours des projets hybrides en mélangeant les performances,
les supports et les installations aussi bien que la chorégraphie et la
mise en scène. Ses travaux ont été financés par New
Langton Arts/NEA Regional Arts Grant (1995-96), le California Arts Council Touring
and Presenting Program (1995-97) et la ville de Los Angeles (1990-91, 91-92, 92-93,
94-95), entre autres. Elle fut l'une des premières à critiquer publiquement
les abus du multiculturalisme (1992). Elle a contribué à des essais
culturels, des films et des critiques de livres pour le L.A Weekly (1992-97) et
a enseigné à l'Université du Kentucky et au Musée
de Photographie de Californie.

Born in Saimata,
Japon, into a familyof a historian father, teacher mother and WW II survivor grandmother
with socialist cousins, she drew and painted from an early
age. Her early influences include Osamu Tezuka, the creator of Astro Boy and Kimba
the White Lion, who spotted her work in a college comics club publication - to
which she contributed as a junior high schooler - and encouraged her to pursue
a career in cartooning. Arriving in the U.S. in 1980, she studied with Czech surrealist
photographer Vilem Kriz at California College of Arts and Crafts in Oakland and
movement with Simone Forti in New York City and began combining various media
in conceptual art works, film/video and installations. Her MFA thesis project
at California Institute of the Arts (1985) was a dance-theater adaptation of Oscar
Wilde's Salomé, in collaboration with choreographer Tracy Rhoades. It was
also during her years at CalArts that she stumbled opun a subject that would propel
her into a series of performance-art pieces that spanned more than a decade: nuclear
destruction and its socio-psychological signifiance. Neither Garlic nor Beans
(1983-85/88) was presented at San Diego's SUSHI, Inc. as part of Neo Fest in 1985
and was named "Among the Best" by the San Diego Gazette along with works
by Rachel Rosenthal and Eric Bogosian. Astro Boy meets Godzilla (1986-87) followed,
shifting the focus to mediated experiences shared by children in Japon and the
U.S., and introducing the "Trade War" motif she would later explore
in Tokio Rose. Concurrently, Ohara developed her ideas and techniques for sequential
use of still images by earning a living as a still photographer on a laserdisc
project. After a tour of Germany and Holland in 1988, Ohara began working on Shelter,
based on a dream she had of awaiting nuclear destruction in a glass shelter. The
piece developed in a series of site-specific installation/performances on city
streets, on the beach, on rooftops and in performance spaces around Los Angeles.
The mutating group of perfomers came to be known as "the Nuclear Family".
Ohara & The Nuclear Family toured the western U.S. with Tokyo Rose (1993-95),
a multimedia examination of racial and sexual xenophobia. They were ready to extend
teh tour internationally when financial problems closed teh Paris American Center's
theater just four months before their May 1996 performance dates. The Kitchen
in New York and venues in Glasgow, Sydney,Minneapolis, Claveland, among others,
also postponed presentation following the world-wide art recession. Ohara next
produced Shelter (Phase VII) (Huntington Beach Art Center, 1997), shooting 2000
slides from new image sources, adding digital video and reworking the choreography.
In 1999, a virtual version of the Nuclear Family traveled to Tokyo for a video-on-slides
installation, Shelter 8. Ohara continues to create hybrid art projects, combining
performance, media and installations, as well as choreographing and directing
others in theater and new music pieces. Her works have been funded by New Langton
Arts/NEA Regional Arts Grant (1995-1996), California Arts Council Touring and
Presenting Program (1995-97) and the City of Los Angeles (1990-91, 91-92, 92-93,
94-95), among others. One of the first to publicly criticize the abuses of multiculturalism
(1992), she has contributed cultural essays, film and book reviews to the L.A.
Weekly (1992-97) and lectured at University Kentucky and the California Museum
of Photography, as well as on radio and television. |
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