Catherine BAY : Blanche Neige (titre
provisoire)
Performance | 00:30:00 | France | 2003
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(c) photo: Marc Domage
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"Commando Blanche-neige", par Alexandra Baudelot (Texte publié
dans la revue Mission Impossible n°1 / hiver-printemps 2006):
Catherine Baÿ utilise le conte de fée comme support de projection
et d'identification de l'histoire contemporaine et de ses mises en scène
collectives. La Blanche-neige de Catherine Baÿ est un être proliférant
qui se démultiplie à l'infini. Normal, Blanche-neige incarne tous
les symptômes des époques qu'elle traverse, et ne cesse donc de se
transformer au fur et à mesure des variations de l'Histoire. Blanche-neige
est un support de nos fantasmes d'identification, elle est une icône qui
garantit à nos désirs leur toute puissance. Blanche-neige est un
virus qui contamine notre société et donc un signifiant totalitaire
pour quête fétichiste.
Blanche-neige envahit tous les espaces de notre environnement quotidien. Couloirs,
ascenseurs, escaliers, jardin, forêt. Blanche-neige envahit aussi les espaces
virtuels. On peut voir Blanche-neige juste à côté de soi,
retransmise dans des téléviseurs ou projetée plein écran
sur les murs. Elle est belle Blanche-neige, elle a la peau blanche bien sûr,
elle porte une jupe jaune et un corset bleu, elle a les cheveux noirs et un serre-tête
rouge avec un petit nud dessus, tout ça en latex. Blanche-neige mange
des bananes, elle tire avec un flingue duquel ne sort jamais une balle, sur de
grandes feuilles en papier elle échafaude des plans d'attaques car Blanche-neige
entre en guerre, elle lit le Monde, elle travaille dans une administration, fait
du vélo d'appartement. Toutes ces Blanches-neige cohabitent les unes avec
les autres, juxtaposent les uns à côté des autres ces fragments
d'événements de la vie quotidienne. Blanche-neige est un virus voué
à répéter indéfiniment sa mission. " Je suis
la répétition " nous dit Blanche-neige. Catherine Baÿ,
artiste installée à Paris et qui brasse allégrement les frontières
artistiques, fait de ce personnage reproductible à l'infini un archétype
de personnage contemporain. Les gestes de ses Blanches-neige se répètent
en boucle en un mouvement automatisé, signe d'une aliénation galopante
que la prolifération du virus ne saurait arrêter. Le virus ? La modélisation
des figures archétypales de notre société transformées
en objet de consommation au même titre qu'un Coca-cola, Mac Donald et autre
Nike. Le choix de Blanche neige n'est pas neutre : elle est une star internationale.
Catherine Baÿ peut donc inoculer le virus d'Est en Ouest et du Nord au Sud
et voir au fur et à mesure de ses résidences dans des lieux de création
des Blanches-neige endosser les caractéristiques physiques locales. Sa
Blanche-neige est donc plus ambiguë qu'il n'y paraît : derrière
sa panoplie, ses fonctions normées et ses gestes mécaniques, chacune
d'entre elles imposent néanmoins un style qui atteste la présence
d'une personnalité singulière. La face cachée du travail
de Baÿ : plusieurs semaines d'ateliers avec chacune des Blanche-neige avant
de les lancer dans l'arène mondialiste. Au-delà du modèle,
l'artiste s'intéresse donc plus à ce que le travail artistique réalisé
en amont peut laisser apparaître de la nature propre à chacune de
ces Blanches-neige. Le formatage de ses personnages n'est donc pas une fin en
soi mais une manière d'évacuer les images qui participe à
réduire les possibilités d'identification et de construction de
soi. Blanche-neige porterait donc en elle son propre anti-virus. Un jour tombera
son masque en latex. Bienvenue dans le petit monde féerique de l'art.
www.blanche-neige.fr


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(c) photo:
Marc Domage
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